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Jessica Leigh Brogan adore saisir la beauté de la vie de plusieurs façons : la photographie, le mixed media et par-dessus tout, les mots. Elle a une passion pour créer des communautés créatives et aider les autres à s’approprier leurs dons pour les partager avec le monde. Jessica est aussi maman de deux jeunes enfants et enseigne le français (et bien plus encore) aux États-Unis à des collégiens qui ont bien de la chance. 


Laly : Jessica, je sais que tu as une vraie passion pour les voyages et la photographie. Tu saisis la lumière, la couleur et la beauté autour du monde aussi bien que dans ton quotidien. A quoi ressemble la lumière dans tes lieux favoris, quelles sensations évoque-t-elle ? 

Jessica : C’est intéressant, Laly, alors que je regardais quelques unes de mes photos préférées pour cette interview, j’ai remarqué que dans certaines photos, la lumière que j’ai captée me ramenait vers cet endroit, vers ce moment. Le pouvoir de la photographie est très fort.

En fait, les lumières vers lesquelles je gravite apparaissent dans les endroits du monde que je préfère, et ce n’est pas un hasard. Deux sortes de lumière me touchent au plus profond de mon âme. Tout d’abord, les rayons très chauds de la Méditerranée. J'ai en particulier passé beaucoup de temps en Italie, j’y ai même vécu.  A chaque fois que je m’y rends, je finis par enlever des choses de ma liste des "endroits à visiter" et à la place je prends mon appareil photo et je traque littéralement la couleur et la lumière d’un coin de rue à l’autre.  La lumière est incroyablement belle dans la Méditerranée, où ces anciens bâtiments de pierre reflètent et imitent les tons orange et rouges de la lumière du soleil en soirée. Il y a de l’histoire dans la lumière là-bas. C'est bien connu, la Méditerranée est le berceau du monde artistique, musical et créatif moderne. En passant du temps là-bas, entre les teintes des bâtiments, les langues colorées, et la lumière qui semble émaner de la terre elle-même, je sens que j’absorbe une part de cet esprit créatif.

©Jessica Brogan

J’ai remarqué que dans certaines photos, la lumière que j’ai captée me ramenait vers cet endroit, vers ce moment.

Je me sens aussi chez moi sous la lumière des tropiques. Je ne connais rien d’aussi émouvant que de sortir de l’avion chaque fois que je me rends à Hawaï ; la lumière y est si vive, si claire, je me sens purifiée et pleine de nouveaux possibles. Ce n’est pas du tout la même lumière. Et c’est une lumière que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs. A nouveau, le paysage, les fleurs vives et luxuriantes, les verts profonds des montagnes, tout cela change la tristesse en un lointain souvenir.

©Jessica Brogan

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Laly : Au plus profond de ton âme, je sais que tu es tout d’abord un écrivain. A quoi ressemble ton processus de création ? Comment est-ce que l’écriture te permet d’exprimer ta vérité, ta lumière intérieure ? Que ressens-tu quand tu n’écris pas/quand tu ne peux pas écrire ? Comment arrives-tu à dépasser les blocages et à rallumer ton étincelle créative ?

Jessica : Je pense qu’au départ chaque personne a un "geste" naturel, une forme créative innée, offerte par la source. C'est leur talent et leur potentiel le plus fort. Pour moi, c’est l’écriture. Clairement et simplement, quand j’écris, je ressens cette conviction absolue que je suis faite pour écrire. C'est juste un fait indiscutable. Lorsque nous trouvons LA forme d'expression créative qui est la nôtre, c’est ça que nous ressentons. Ça peut être autre chose pour d’autres personnes, et parfois il faut chercher un peu et faire des essais avant de trouver, mais lorsque on l’a trouvé, on ressent la même chose que ce que je ressens quand j’écris, comme si la version la plus vraie et la plus importante de moi-même entrait en action. Comme s'il n'y avait plus rien à craindre. Je peux faire confiance à la source sans avoir le moindre doute. Comme si rien d’autre n’avait d’importance pour en cet instant. 

Je pense qu’au départ chaque personne a un “geste” naturel, une forme créative innée, offerte par la source. C’est leur talent et leur potentiel le plus fort.
©Jessica Brogan

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L’écriture s’est trouvée au second plan pendant deux ans de ma vie, surtout lorsque j’étais seule pour élever mon fils et que j’essayais de monter mon entreprise créative (et de nous nourrir). A un moment donné, mon blog (que j’avais depuis 2005) semblait n'avoir plus de sens. D’un seul coup, je ne voyageais plus à travers le monde. Je ne faisais plus de recherches ni de reportages sur la vie à l’étranger. Beaucoup de choses étaient en train de changer, et en même temps je m'embarquais dans un projet hasardeux: développer ma marque, construire un site web et blablabla... Je ne voyais pas comment mon écriture, qui est souvent réflective, pourrait trouver sa place dans les offres créatives que je présentais. Et bien il se trouve que le manque d'écriture a de sérieuses conséquences sur ma vie. Je me suis retrouvée épuisée d’essayer de monter un business qui ne donnait pas sa place à l’expression la plus profonde de mon âme. Je me sentais perdue, désorientée, et pire que tout, très très loin de cet espace apaisant pour mon âme, auquel j’ai accès quand j’écris. Lorsque nous trouvons la véritable forme d'expression de notre âme, c'est vraiment un espace de calme et de sérénité immense que rien ne peut imiter.

©Jessica Brogan

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Quand je n’écris pas, je n’ai pas accès à ce calme. Je ne ressens pas ce lien avec l’Univers. La vie me panique plus. Je me perds.

Nous vivons dans un monde où nous ressentons souvent le besoin de "justifier" nos actes créatifs. Nombre d’entre nous sont confrontés à cette pression, dans notre famille ou notre couple, de vendre nos créations pour justifier son existence, ou l’argent dépensé pour l’achat de nos fournitures. Je me suis rendue compte qu’il fallait se battre contre ça. Je ne peux pas justifier le temps que je passe en écriture de façon externe, comme notre culture semble l'exiger. Et alors? Ma justification, c'est que l’écriture est la garante de ma santé mentale, mon réconfort et pour être honnête, mon amie. C'est déjà pas mal, c'est même beaucoup. En fait c’est tout.

Lorsque nous trouvons la véritable forme d’expression de notre âme, c’est vraiment un espace de calme et de sérénité immense que rien ne peut imiter.

Pour en revenir à la créativité, pour ceux qui se sont déjà retrouvés bloqués et qui souhaitent la "raviver" (comme beaucoup de femmes qui m’écrivent le disent souvent), je vous recommande de commencer quelque part. Quand nous n’avons pas créé depuis longtemps, le simple fait de recommencer paraît une tâche énorme. Quand on décide de s'y mettre, on a soudain l’impression qu’on doit faire quelque chose de "bien". Il y a trop d’espace blanc, au propre comme au figuré. Ne vous inquiétez pas de ça. Commencez par le plus important, qui est de faire bouger vos mains. Pour moi, au lieu de noyer mon enthousiasme à l'idée d'écrire un livre – trop gros ! trop ambitieux ! – je me glisse dans un bain, le seul endroit où je peux avoir un peu d’intimité, je sors mon téléphone et je me demande d’écrire quelque chose. Juste quelques mots. Le temps est court, l’environnement chaud et douillet, et tout ce qui importe est d'avoir écrit quelque chose. Quand je ressens le besoin de faire appel à mes autres côtés créatifs, une simple photo dans le jardin suffit. Dix minutes, oui dix minutes seulement dans mon coin créatif, sont suffisantes. Peut-être qu’un jour je la peindrai, cette série de toiles. Peut-être qu’un jour vous l'écrirez, ce roman. Mais en attendant, il faut continuer à mettre ses mains en action, et à exploiter sa source. Dix minutes feront une énorme différence dans votre esprit et votre corps. Essayez.

©Jessica Brogan

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Laly : Tu es aussi enseignante et tu aimes animer des groupes. Tu as un vrai talent pour créer des espaces où chacun peut faire briller sa propre lumière et partager ses dons avec les autres. Dans le monde d’aujourd’hui, nous ne nous rassemblons plus beaucoup en communauté autour du feu. En quoi est-ce important de continuer à raconter nos histoires ?

Jessica : C’est tellement important, car si nous gardons nos histoires pour nous-mêmes, nous avons tendance à croire que personne n’a fait les mêmes erreurs que nous, ou n'a eu autant de malheur. Bref, on s'isole. S'isoler, et ne pas partager ses expériences est un réel problème. Je pourrais dédier ma vie à démanteler cette isolation. Je le fais tous les jours dans les classes de lycée où j’enseigne, et c’est une de mes missions principales dans les offres ou cercles que je crée. Mettre en lumière tout ce que nous avons en commun. Quand nous découvrons comment les luttes des autres, c’est étonnant de voir comme nos propres difficultés nous paraissent alors plus faciles à supporter. Il y a un VRAI pouvoir dans le partage de nos histoires, et de notre moi véritable et vulnérable. Quand je reçois un e-mail d’une personne qui m’écrit au sujet d'une de mes offres, et que tout à coup elle me dévoile son histoire entière et vulnérable, je m’assois et je relis ce message deux ou trois fois. Il le faut. C’est un tel honneur. Et au lieu de n’être pour moi qu'une personne qui s’est inscrite à mon cours avec un nom et un prénom, elle devient une personne complète aux histoires bouleversantes. Nous portons tous un lourd fardeau. SI LOURD. Nous ne savons pas ce que les autres autour de nous portent, n’est-ce pas ? Pas tant que nous ne partageons pas nos histoires. Oui, c’est une démarche vulnérable. Mais la récompense est que nous ne nous sentons plus seuls. L’isolation dans nos histoires est une force vraiment néfaste pour nos vies et notre bonheur.

Il y a un VRAI pouvoir dans le partage de nos histoires, et de notre moi véritable et vulnérable.

Je suis toujours surprise quand les gens cachent leurs histoires, même les plus dures et les plus laides. Je sais pourquoi ils le font : par peur. J’aimerais dire aux gens qu’accumuler et garder secrètes ces histoires peut causer de gros dégâts. D’une part, nous restons isolés et d’autre part cela empêche quelqu’un d’autre d’être réconforté, et même guéri, par la découverte de notre histoire.

©Jessica Brogan

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Laly : Y a-t-il une sorte de lumière que tu préfères ? Peut-être une saison ou une heure de la journée où la lumière résonne le plus en toi ? Qu’est-ce que cela t’apprend sur toi-même ? En quoi cela fait-il écho avec ta propre lumière intérieure ?

Jessica : La lumière tôt le matin est de l’or pur. Souvent littéralement. Mais c’est aussi une lumière si tranquille et si ouverte. C’est une lumière de paix et de calme.

La lumière du milieu d’après-midi est une lumière de joie et de maturité. C’est un concentré de nous-même et de tous nos possibles.

La lumière du soir, le soleil qui se couche et le monde qui soupire et se défait du poids de la journée, me fait donne confiance dans le cycle des choses, dans notre capacité à porter ce que nous devons porter. Puis la lumière sombre de la nuit. Il y a en moi de la gratitude pour cette absence de lumière, pour ces temps de repos où nous pouvons déposer tout ce que nous portons. C’est ce qui nous permet de chérir la lumière et la beauté du jour.

©Jessica Brogan

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Il y a en moi de la gratitude pour cette absence de lumière, pour ces temps de repos où nous pouvons déposer tout ce que nous portons.

Jessica Leigh Brogan

©Jessica Brogan

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Mon nom est Jessica Leigh Brogan. Je suis artiste et auteur. Honorer et prendre soin de mon côté créatif est primordial pour survivre dans cette vie de banlieue en étant mère de deux enfants. Écrire et tenir un art journal m’aident à rester reliér à mon âme, et à une source créative bien plus grande... Nomade et rebelle, je suis accro aux voyages, autant pour cette chance de communier avec l’humanité, que pour traquer d'époustouflantes visions de la beauté du monde.

Je suis aussi professeure de français et j’essaie d’ouvrir ces jeunes cœurs américains, ici dans l’Oklahoma, à des horizons et des possibles plus vastes. Je crée et j’anime des cercles de femmes en ligne – des espaces rassurants et encourageants pour explorer et cultiver nos côtés créatifs, qu'elle que soit la forme qu'ils prennent.

Et enfin, j'organise depuis plusieurs années un groupe d’échange de cartes d'artistes (ATC) qui s’appelle The Inspirational Card Deck Swap. Si vous êtes de nature créative (et que l'anglais ne vous effraie pas!), je vous invite à vous inscrire à ma newsletter. Vous y trouverez des idées, du courage et de l’affection. Aloha.

Retrouvez Jessica sur jessicaleighbrogan.com

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